2 Intervalles de fluctuation et intervalles de confiance

Une loi statistique permet de comprendre ce qui peut varier d’un échantillon à l’autre. Cette variabilité est appelée fluctuation d’échantillonnage : même si la population ne change pas, les résultats observés dans deux échantillons ne sont pas identiques.

NoteExemple

Supposons qu’une maladie ait une prévalence vraie de 20 %. Si les 100 sujets échantillonnés sont considérés indépendants, le nombre de personnes malades se modélise par une loi binomiale \(\mathcal B(100\, ; \,0,20)\). Même si la prévalence vraie est bien 20 %, si on échantillonne 100 personnes, il est possible qu’on observe 17 personnes malades, ou 23, ou 19, etc. La proportion observée fluctue d’un échantillon à l’autre.

Ces fluctuations sont inévitables, dès lors qu’on mène une étude sur un échantillon. Le constat est alors le suivant : quitte à avoir de l’incertitude, ne pourrait-on pas la quantifier ? La solution consiste à construire des intervalles, c’est-à-dire des ensembles de valeurs plausibles pour la quantité étudiée.

Supposons que l’on s’intéresse à la proportion de personnes ayant un animal de compagnie à la maison en France. On interroge 200 personnes et 40 % répondent “oui”. On a alors deux grandes situations :

  1. Supposons que l’on sache, grâce à une source de référence, que 60 % des personnes ont un animal de compagnie. On peut alors se demander : les 40 % observés sont-ils compatibles avec cette proportion de référence ? Pour répondre à cette question, on peut construire un intervalle de fluctuation sous l’hypothèse \(\pi=60\,\%\).
  2. On ne connaît pas la proportion dans la population. On peut alors se demander : compte tenu des 40 % observés auprès de 200 personnes, quelles valeurs de la proportion vraie sont compatibles avec nos données ? Pour répondre à cette question, on peut construire un intervalle de confiance.

Cette distinction est importante, car les intervalles de fluctuation et les intervalles de confiance utilisent des formules proches et cela peut prêter à confusion. La différence tient à la question posée : l’intervalle de fluctuation est construit à partir d’une valeur supposée vraie (p. ex., 60 %) ; l’intervalle de confiance est construit à partir de notre estimation (p. ex., 40 %).

2.1 Intervalle de fluctuation (ou de pari)

2.1.1 Fréquence / proportion

Pour une proportion, l’intervalle de fluctuation (ou de pari) décrit les valeurs plausibles de la fréquence observée \(\hat p\) lorsque la proportion \(\pi\) de population est supposée connue.

NoteExemple

Si l’on suppose que la proportion vraie de fumeurs est \(\pi=0,25\) et que l’on tire un échantillon de taille \(n=100\), l’intervalle de fluctuation décrit les proportions observées que l’on s’attend à obtenir dans la plupart des échantillons.

Pour une proportion, une approximation à 95 % est : \[ \pi \pm 1,96\sqrt{\frac{\pi(1-\pi)}{n}} = \left[\pi - 1,96\sqrt{\frac{\pi(1-\pi)}{n}}, \pi + 1,96\sqrt{\frac{\pi(1-\pi)}{n}}\right] \]

Cet intervalle est centré sur le paramètre supposé \(\pi\). Le terme \(\sqrt{\pi(1-\pi)/n}\) mesure la variabilité attendue de la fréquence observée : plus \(n\) est grand, plus cette variabilité diminue.

Cette approximation normale est raisonnable lorsque \(n \ge 30\), \(n\pi \ge 5\) et \(n(1-\pi) \ge 5\). Sinon, on préfère calculer un intervalle binomial exact, qu’on ne détaillera pas ici.

Pour l’exemple précédent : \[ 0,25 \pm 1,96\sqrt{\frac{0,25(1-0,25)}{100}} =0,25 \pm 0,085 =[0,165 \, ; \, 0,335]. \] Si la vraie proportion de fumeurs était 25 %, on s’attendrait donc à observer le plus souvent une proportion comprise entre 16,5 % et 33,5 % dans des échantillons de 100 personnes.

2.1.2 Moyenne

Pour une variable quantitative de moyenne supposée connue \(\mu\) et d’écart-type supposé connu \(\sigma\), la moyenne observée \(\bar X\) fluctue d’un échantillon à l’autre.

Si l’échantillon est de taille \(n\) et si l’approximation normale est raisonnable, un intervalle de fluctuation à 95 % pour la moyenne observée est : \[ \mu \pm 1,96\frac{\sigma}{\sqrt n} = \left[\mu - 1,96\frac{\sigma}{\sqrt n}, \mu + 1,96\frac{\sigma}{\sqrt n}\right] \]

L’intervalle est centré sur la moyenne supposée \(\mu\). Le terme \(\sigma/\sqrt n\) est l’erreur standard de la moyenne : il diminue quand la taille d’échantillon augmente.

L’erreur standard (ou “standard error” en anglais) ne correspond pas à l’écart-type ! On en discute en section 3.2.

NoteExemple

Si le poids moyen de naissance dans une population est supposé égal à 3400 g, avec un écart-type de 500 g, alors pour des échantillons de 100 naissances, les moyennes observées fluctuent le plus souvent dans l’intervalle : \[ 3400 \pm 1,96\times \frac{500}{\sqrt{100}} =3400 \pm 98 =[3302, 3498] \text{ g} \]

2.2 Intervalle de confiance

La construction des intervalles de confiance a été formalisée par Jerzy Neyman, notamment dans son article de référence de 1937 (Neyman 1937). L’idée est de contrôler la fréquence avec laquelle notre méthode couvre la vraie valeur lorsque l’on répète l’échantillonnage ; nous retrouverons cette interprétation un peu plus loin.

2.2.1 Fréquence / proportion

Pour une proportion, on observe une fréquence \(\hat p\) dans un échantillon de taille \(n\). On cherche ensuite les valeurs plausibles de la proportion vraie \(\pi\).

Pour une proportion observée \(\hat p\), une approximation à 95 % est : \[ \hat p \pm 1,96\sqrt{\frac{\hat p(1-\hat p)}{n}} = \left[\hat p - 1,96\sqrt{\frac{\hat p(1-\hat p)}{n}}, \hat p + 1,96\sqrt{\frac{\hat p(1-\hat p)}{n}}\right] \]

Cet intervalle est centré sur l’estimation observée \(\hat p\). Le terme \(\sqrt{\hat p(1-\hat p)/n}\) est l’erreur standard estimée de la proportion.

NoteExemple

Dans un échantillon de 200 patients, 54 déclarent fumer. La proportion observée est donc \(\hat p=54/200=0,27\). L’intervalle de confiance approximatif à 95 % est : \[ 0,27 \pm 1,96\sqrt{\frac{0,27(1-0,27)}{200}} =0,27 \pm 0,062 =[0,208\, ; \,0,332] \] On peut dire que les données sont compatibles avec une proportion vraie de fumeurs comprise environ entre 20,8 % et 33,2 %.

Note
  • Cette formule est l’intervalle de Wald. C’est une approximation, qui fonctionne surtout quand \(n \ge 30\), \(n\hat p \ge 5\) et \(n(1-\hat p) \ge 5\). Pour de petits effectifs ou des proportions proches de 0 ou 1, l’intervalle risque de contenir des valeurs négatives ou supérieures à 1, ce qui n’a pas de sens… Il existe d’autres méthodes (p. ex., l’intervalle de Wilson), mais on n’en parle pas ici.
  • Dans l’exemple précédent, \(n = 200 > 30\), \(n\hat p = 200 \times 0,27 = 54 \ge 5\) et \(n(1-\hat p) = 200 \times 0,73 = 146 \ge 5\), donc l’approximation est raisonnable !

2.2.2 Moyenne

Dans la plupart des études, la moyenne vraie \(\mu\) et l’écart-type de la population \(\sigma\) sont inconnus. On observe une moyenne \(\bar x\) et un écart-type empirique \(s\).

Un intervalle de confiance à 95 % pour une moyenne est alors : \[ \bar x \pm t_{0,975\, ; \,n-1}\frac{s}{\sqrt n} = \left[\bar x - t_{0,975\, ; \,n-1}\frac{s}{\sqrt n}, \bar x + t_{0,975\, ; \,n-1}\frac{s}{\sqrt n}\right], \] où \(t_{0,975\, ; \,n-1}\) est le quantile de la loi de Student à \(n-1\) degrés de liberté. Ici :

  • \(\bar x\) est la moyenne observée dans l’échantillon ;
  • \(s\) est l’écart-type empirique observé dans l’échantillon ;
  • \(s/\sqrt n\) est l’erreur standard de la moyenne.

Pour les grands échantillons, \(t_{0,975\, ; \,n-1}\) est proche de 1,96, ce qui donne l’approximation : \[ \bar x \pm 1,96\frac{s}{\sqrt n} \]

NoteExemple

Dans un échantillon de 64 nouveau-nés, on observe un poids moyen de naissance de 3 320 g et un écart-type empirique de 480 g. Le quantile de Student à 63 degrés de liberté vaut \(t_{0,975\, ; \,63}\approx2,00\), d’où : \[ 3320 \pm 2,00\times\frac{480}{\sqrt{64}} =3320 \pm 120 =[3200\, ; \,3440]\text{ g}. \]

2.2.3 Ce que n’est pas un intervalle de confiance

Avertissement

Un intervalle de confiance à 95 % ne signifie pas qu’il y a 95 % de probabilité que le paramètre soit dans l’intervalle calculé. Le “95 %” signifie que, si l’on répétait un très grand nombre d’études comparables, environ 95 % des intervalles construits par cette méthode contiendraient le paramètre inconnu.

Figure 1: Illustration de l’intervalle de confiance à 95 % pour une proportion. Chaque ligne représente une “étude” indépendante de 80 personnes. Comme on a généré les données, on sait que la vraie proportion est égale à \(0,30\) (car on l’a définie à cette valeur). Le point indique la proportion observée et le segment l’IC 95 % correspondant. La ligne horizontale en pointillés indique la vraie proportion. Malgré tout, quelques intervalles (étrangement, cinq ! Mais ce n’est pas toujours le cas), en orange, ne contiennent pas la vraie valeur.

Les références

Neyman, Jerzy. 1937. « Outline of a Theory of Statistical Estimation Based on the Classical Theory of Probability ». Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series A, Mathematical and Physical Sciences 236 (767): 333‑80. https://doi.org/10.1098/rsta.1937.0005.