1 Principe général d’un test

Un test statistique part d’une question scientifique, puis la traduit en deux hypothèses statistiques. On compare ensuite ce que l’on observe à ce que l’on aurait pu observer si l’hypothèse de référence était vraie.

On peut le voir comme un raisonnement par contradiction : on suppose d’abord que l’hypothèse nulle est vraie, puis on regarde si les données observées sont plausibles dans ce cadre. Si elles sont trop éloignées de ce que l’on attend sous \(H_0\), on rejette \(H_0\).

Ce raisonnement reprend deux héritages : Ronald Fisher a diffusé les tests de significativité dans son ouvrage de 1925 (Fisher 1925), tandis que Jerzy Neyman et Egon Pearson ont formalisé en 1933 le choix entre hypothèses et la maîtrise des risques d’erreur (Neyman et Pearson 1933).

La quantité qui mesure cet éloignement s’appelle une statistique de test. Avant d’observer les données, c’est une variable aléatoire : elle pourrait prendre plusieurs valeurs selon l’échantillon obtenu. Après observation, elle prend une valeur numérique précise.

On notera souvent la variable aléatoire avec une majuscule (p. ex., \(T\)) et sa valeur observée avec une minuscule (p. ex., \(t\)).

ImportantDéfinition

L’hypothèse nulle \(H_0\) est l’hypothèse de référence, souvent une absence de différence, d’effet ou d’association. L’hypothèse alternative \(H_1\) décrit ce que l’on considère comme une déviation pertinente par rapport à \(H_0\).

NoteExemple

Dans l’enquête HTA menée sur l’île Maurice, on observe que 50,0 % des personnes avec un IMC \(\ge 30\) ont une HTA connue, contre 26,0 % chez les personnes avec un IMC \(<30\). L’hypothèse nulle serait qu’il n’y a pas de différence de prévalence d’HTA connue entre les deux groupes ; l’alternative serait qu’il en existe une.

1.1 Les six étapes d’un test

Une démarche de test se rédige idéalement en six étapes.

  1. Identifier la question et les variables pertinentes. On précise l’unité statistique, la variable réponse, le ou les groupes comparés, et le caractère indépendant ou apparié des observations.

  2. Formuler \(H_0\) et \(H_1\). On peut voir \(H_0\) comme la situation de référence, que l’on souhaite “challenger” ; et \(H_1\) comme l’alternative scientifique définie avant l’examen des résultats, par exemple une différence ou un effet dans un sens donné.

  3. Choisir le seuil \(\alpha\) et vérifier les conditions d’application. Le seuil est souvent fixé à 5 % et doit être choisi avant de regarder la conclusion du test. Les conditions dépendent du test (p. ex., indépendance, normalité, effectifs attendus).

  4. Calculer une statistique de test. Elle mesure l’écart entre les données observées et ce qui serait attendu sous \(H_0\), en tenant compte de la variabilité d’échantillonnage.

  5. Obtenir une p-valeur ou comparer à une région critique. La p-valeur quantifie à quel point la statistique observée serait inhabituelle si \(H_0\) était vraie. On peut aussi comparer la statistique observée à la région critique (RC) : si la statistique observée se situe dans la RC, on rejette \(H_0\) ; sinon, on ne le rejette pas.

  6. Conclure dans le langage de la question. On dit si l’on rejette ou non \(H_0\) au seuil choisi, puis on conclut sur la question initialement posée - dans l’idéal en l’interprétant dans le contexte de l’étude.

AvertissementToujours rester intègre !

On ne choisit pas le test après avoir regardé la p-valeur, car “elle ne nous convient pas”. De même, on n’essaie pas plusieurs tests “histoire de voir”, et encore moins pour sélectionner celui qui donne la p-valeur la plus faible. Dans l’idéal, il faut être capable de choisir le test avant même d’avoir regardé les données. C’est ce qu’on appelle un plan d’analyse.

1.2 Test bilatéral ou unilatéral

Il est fréquent d’utiliser une alternative bilatérale : \[ H_1:\theta\neq\theta_0 \]

Un test unilatéral spécifie le sens de l’effet recherché : \[ H_1:\theta>\theta_0 \; \text{ ou } \; H_1:\theta<\theta_0 \]

Un test bilatéral cherche une différence, quelle qu’elle soit. Un test unilatéral cherche une différence dans un sens précis. Ainsi, une différence dans le sens opposé ne conduit alors pas au rejet de \(H_0\), même si elle est importante !

Un test unilatéral ne doit être retenu que si le sens de l’alternative est scientifiquement justifié et fixé avant l’examen des résultats.

NoteExemple
  • On se demande si la pression artérielle moyenne est différente entre deux groupes : hypothèse alternative bilatérale.
  • On se demande si la pression artérielle moyenne est plus grande chez les personnes sportives que chez les non-sportives : hypothèse alternative unilatérale.
  • On souhaite démontrer qu’un nouveau traitement réduit une durée d’hospitalisation : hypothèse alternative unilatérale (on souhaiterait que la nouvelle durée moyenne sous nouveau traitement soit plus faible).

1.3 Risques d’erreur, puissance et p-valeur

Le risque de première espèce est : \[ \alpha=\mathbb P(\text{rejeter }H_0 \mid H_0\text{ vraie}) \]

Cela se lit “probabilité de rejeter \(H_0\) sachant que \(H_0\) est vraie”, et correspond à la probabilité de dire qu’il existe un effet ou une différence alors qu’il n’y en a pas

Note

Le seuil \(\alpha\) est une valeur que nous fixons quand on construit des intervalles de confiance ou quand on applique des tests.

Le risque de deuxième espèce est : \[ \beta=\mathbb P(\text{ne pas rejeter }H_0 \mid H_1\text{ vraie}) \]

C’est le petit frère de \(\alpha\) : c’est la probabilité de ne pas détecter un effet ou une différence alors qu’il en existe un

De là, on peut dériver une autre valeur, très utile en clinique : la puissance du test, \[ 1-\beta=\mathbb P(\text{rejeter }H_0 \mid H_1\text{ vraie}) \]

C’est la probabilité de rejeter \(H_0\) sachant que \(H_1\) est vraie, c’est-à-dire la probabilité de détecter un effet ou une différence lorsqu’elle existe !

Note

Quand on conçoit une étude, il faut souvent choisir en amont combien de personnes recruter. Ce nombre ne se décide pas au hasard : il se calcule ! Généralement, on prend \(\alpha = 5\%\) et \(\beta = 20 \%\) (pour avoir une puissance de 80 %).

Ces quatre situations peuvent être résumées dans le tableau suivant :

Tableau 1: Décisions possibles d’un test statistique selon la réalité de l’hypothèse nulle.
Décision \(H_0\) vraie \(H_1\) vraie
Ne pas rejeter \(H_0\) \(1-\alpha\) = Décision correcte \(\beta\) = Erreur de deuxième espèce / de type II
Rejeter \(H_0\) \(\alpha\) = Erreur de première espèce / de type I \(1-\beta\) = Décision correcte (puissance)
NoteExemple
Figure 1: Illustration du tableau précédent.
NoteExemple

Si \(H_0\) est “la maison n’est pas en feu”, donner l’alerte revient à rejeter \(H_0\) : une fausse alerte illustre l’erreur de type I, tandis qu’un incendie non détecté illustre l’erreur de type II.

Les quatre situations possibles, illustrées avec humour par une alerte incendie.

Les quatre situations possibles, illustrées avec humour par une alerte incendie.
ImportantDéfinition

La p-valeur est la probabilité, sous \(H_0\), d’obtenir une statistique de test au moins aussi extrême que celle observée.

La notion d’“aussi extrême” dépend de l’alternative : bilatérale ou unilatérale.

Une petite p-valeur indique que les données observées sont peu compatibles avec \(H_0\). Si \(p<\alpha\), on rejette \(H_0\) au seuil \(\alpha\).

NoteExemple

Pour un test bilatéral fondé sur une statistique normale centrée réduite \(Z\), supposons que la valeur observée soit \(z=2,1\). La p-valeur vaut : \[ p=2\,\mathbb P(Z\ge 2,1)\approx0,035 \] Au seuil de 5 %, on rejette \(H_0\) car \(p<0,05\). Au seuil de 1 %, on ne rejetterait pas \(H_0\).

Figure 2: Pour un test bilatéral basé sur une statistique normale centrée réduite, la région critique au seuil de 5 % commence au-delà de \(\pm1,96\). La zone bleue représente cette région critique ; la zone orange, plus extrême que \(z=\pm2,1\), représente la p-valeur bilatérale. Comme la valeur observée se situe dans la région critique, on rejette \(H_0\) au seuil de 5 %.
Avertissement

ATTENTION ! La p-valeur n’est PAS la probabilité que \(H_0\) soit vraie !

Note

À effet observé identique, une conclusion peut changer selon la taille de l’échantillon, la dispersion des données et le seuil \(\alpha\). Ainsi :

  • une différence faible peut devenir significative dans un très grand échantillon ;
  • une différence importante peut être non significative dans une petite étude.

1.4 Conclure à un test statistique

Dans les travaux que vous mènerez, vous devrez souvent présenter une p-valeur. Cependant, sans ordinateur, il est compliqué de la calculer (à tout hasard, lors d’un examen). À la place, on utilise un nombre appelé valeur critique, qui permet de définir une région critique. Si la statistique de test observée se situe dans cette région critique, on rejette \(H_0\). Sinon, on ne rejette pas \(H_0\).

Les références

Fisher, Ronald A. 1925. Statistical Methods for Research Workers. Oliver; Boyd. https://www.yorku.ca/pclassic/Fisher/Methods/.
Neyman, Jerzy, et Egon S. Pearson. 1933. « On the Problem of the Most Efficient Tests of Statistical Hypotheses ». Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series A 231: 289‑337. https://doi.org/10.1098/rsta.1933.0009.